
Le Coupe-Chou est composé de quatre demeures datant du XIVème, XVIème et XVIIème siècles. Et l’on passe naturellement d’une maison à l’autre en gravissant quelques marches ou en traversant d’étroits couloirs...
Deux ans de travaux, de recherches historiques, des mois de prospection chez les antiquaires à la recherche de meubles et de bibelots, redonnent à cette maison son apparence d’antan.

En restaurant les caves du Coupe-Chou, les propriétaires ont découvert les vestiges d’une citée gallo-romaine du IIème siècle après Jésus-Christ, contemporaine de l’empereur Marc Aurèle : des conduites d’eau chaude, une piscine gallo-romaine et aussi des poteries du XIIème siècle, des statuettes et d’anciennes plaques médiévales des rues Chartière et du Mont Saint-Hilaire (ancien nom de la rue de Lanneau) dont le « Saint » a été buriné pendant la Révolution. Aujourd’hui, on peut admirer ces plaques derrière le bar du Coupe-Chou.

Au XVIème siècle, avant l’édification de l’immeuble principal du Coupe-Chou, se trouvait une petite place, à l’angle des actuelles rues Jean de Beauvais, impasse Chartière et Lanneau.
Au centre de cette place, un puits a été foré par l’Abbé Certain en 1572. De nombreuses maisons ont malheureusement disparu mais les bases de ce puits existent toujours dans l’une des nombreuses caves du Coupe-Chou.

Dans notre quartier du cinquième arrondissement de Paris, tout vous parle de l’ancienne cité médiévale, le tracé tortueux des ruelles, les pavés inégaux, les hautes façades ventrues des maisons. Vous êtes au coeur même de la ville : la muraille de Philippe Auguste qui ceignait Paris au début du XIIIème siècle, subsiste encore au 3 rue Clovis, massive et couronnée de lierre.
Dès le XIVème siècle, tous les étudiants des collèges et universités du quartier : Collège de la Sorbonne, Collège Coqueret, où étudièrent Ronsard et Du Bellay, fondateurs de la Pléiade, fréquentaient assidûment ces ruelles. Jusqu’en 1880, notre rue comptait 14 librairies !

Aujourd’hui, Le Coupe-Chou est un restaurant élégant, discrètement ouvert sur l’étroite et pittoresque rue de Lanneau, il a pour cadre ces maisons anciennes du Vieux Paris dont on aime se rappeler l’histoire. Notre-Dame de Paris, la Seine, la Contrescarpe, le quartier latin, la rue Mouffetard, le Panthéon sont les témoins de notre histoire, que le Coupe-Chou sait si bien, le temps d’une soirée inoubliable, nous faire revivre.
Entrez dans cette demeure romantique pour une soirée hors du temps et découvrez notre cuisine traditionnelle à base de produits frais…
Nous sommes là pour vous accueillir !






La brasserie de Chandres est une véritable « ferme brasserie » dont la spécificité est d’utiliser au maximum l'orge issue de ses champs pour la production de sa bière : « Nos céréales apportent une certaine douceur, une identité propre à notre bière ».
Domaine Seailles. La distillation est conduite au domaine au moyen d’un alambic en continu chauffé au bois, élevé en pièce de chêne (cépage : Ugniblanc).
Distillerie Artisanale Uberach (Whisky d’Alsace - France).

Nous privilégions des vins de vignerons authentiques et passionnés : des vins d’auteurs, des vins vivants, des vins de terroirs. Parfois bio, parfois en biodynamie, parfois nature, parfois conventionnel. Uniquement des vins que nous aimons et apprécions. Le même soin est donné pour la sélection de nos bières artisanales et nos alcools.

La totalité des allergènes majeurs étant manipulée dans l’établissement, nous pouvons vous renseigner sur la présence d’un allergène majeur dans la recette mais nous ne pouvons pas garantir l’absence de traces d’allergènes dans l’ensemble de nos plats.

Tous nos plats sont « faits maison », élaborés sur place à partir de produits bruts sauf pour les escargots de Bourgogne en direct de notre producteur et notre sélection de trois fromages.
Grace à elle, nous pourrons vous annoncer les nouveautés du restaurant.
Soirées et événements, nouveaux horaires, nouvelle carte, recettes, nouveaux vins, etc. Ne manquez rien ! + de 8000 inscrits !
Le Coupe-Chou est un restaurant élégant classé Louis XIII, discrètement ouvert sur l'étroite et pittoresque rue de Lanneau, au flanc de la montagne Sainte Geneviève, près du Collège de France, de la Sorbonne et de la Contrescarpe, il a pour cadre ces maisons anciennes du Vieux Paris dont on aime se rappeler l'histoire.
Le Coupe-Chou est donc l'endroit idéal pour un événement à la fois original et traditionnel.

Que ce soit dans la salle à manger aux murs patinés de vert sombre où se dessine l'ancienne ossature à pans de bois, dans le jardin d'hiver, salon aux profonds fauteuils de velours, bergères et petits guéridons, dans la salle du Barbier qui a conservé ses tommettes, sa cheminée, ses poutres, ses colombages, que ce soit dans le jardin d'hiver ou le Saint-Hilaire aux murs de velours rouges...
Nous choisirons la salle qui correspondra le mieux à votre projet.

Pour une réunion d'entreprise ou de famille, un anniversaire, un baptème, un mariage, une remise de prix, etc. nous saurons vous recevoir chaleureusement.
De 15 à 130 personnes, certains espaces donnent directement sur la rue et donc indépendamment accessibles. Possibilité de privatiser sous conditions.
Au dîner, à partir de 19h.
Au déjeuner, sous privatisation et sous certaines conditions.
Nous pouvons vous proposer une formule tout compris pour un budget maitrisé !

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La meilleure façon pour réserver. Certaines salles sont difficilement accessibles, pour le confort de tous, nous vous remercions de nous informer de la venue de toute personne à mobilité réduite.

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Durant la période de couvre-feu, vous pouvez nous joindre par téléphone du lundi au vendredi à partir de 12h, le samedi et le dimanche à partir de 17h.
Le Coupe-Chou n’a pas toujours été ce qu’il est aujourd’hui, une demeure vaste où des petits couloirs escarpés nous mènent vers une multitude de petites salles chaleureuses et pleines d’Histoire. Le restaurant, en 1962, l’année de son ouverture, n’avait qu’une seule salle appelé le « Barbier » et qui se trouve aujourd’hui au centre de l’établissement.
Les travaux continuaient après l’ouverture, et si l’unique salle de restaurant possédait déjà le charme qu’elle a toujours, ce sont les à-côtés qu’on improvisait comme l’on pouvait.
Ainsi, les clients qui n’avaient pas réservé avaient pris l’habitude de patienter dans une cave dont la hauteur ne dépassait pas un mètre soixante. Ils attendaient donc, voûtés, bien sagement leur tour. Et je tiens à préciser que la maison ne remboursait absolument pas les frais de kiné ! Mais tout Paris se précipitait pour avoir le plaisir d’attendre plié en deux dans l’une des plus vieilles caves de la Capitale ! C’étaient vraiment les prémices du succès.
Un soir, que la cave était pleine de futures scolioses, entrent au Coupe-Chou, une ribambelle d’habitués : l’ami de toujours Francis Joffo, Jean Le Poulain et Robert Hirsch. Les grandes stars du théâtre Français avaient décidé de faire découvrir la maison à… Marlène Dietrich ! Branle-bas de combat au Coupe-Chou, il fallait recevoir cette grande dame, cette star mondiale. Du succès, on pouvait aller au triomphe ! Mais tout d’abord, il fallait lui trouver une place, pas question de l’envoyer se voûter à la cave ! Par chance, une table se libère et l’on installe nos vedettes nationales et internationales à côté de la cheminée. On est aux petits soins avec la star de cinéma. Mais, soudain, comme quoi ce genre d’envie arrive même aux plus grandes, elle demande les toilettes. Et là, les trois directeurs, Francis Nani, Francis Lemonnier et Christian Azzopardi, qui étaient jusque-là fous de joie, blêmissent ensemble. On essaie de gagner du temps. On offre l’apéritif. Elle demande une deuxième fois, on apporte les amuses-bouches. Elle demande une troisième fois, il fallait bien répondre. Et, la mort dans l’âme, les trois directeurs du Coupe-Chou, réfugiés dans le mutisme, tendent leur bras vers le chemin des toilettes.
Les travaux n’étaient pas terminés et on improvisait les à-côtés, je l’ai déjà dit. Et Marlene Dietrich se dirigeait vers les à-côtés.
Le restaurant ne possédait pas vraiment de toilettes, on profitait de celles de l’immeuble. A cette époque-là, les appartements des quartiers populaires n’avaient pas tous leur commodités, et le quartier latin en 1962 n’était pas le quartier bo-bo d’aujourd’hui. Pour aller aux toilettes, il fallait donc sortir dans une petite cour intérieure. Il pleuvait et l’Ange Bleu devait se mouiller les ailes pour gagner une porte en bois vermoulu dont la délicatesse laissait apercevoir le bas des jambes des occupants. C’était Causette à la ferme.
La grande Marlene ouvre la porte et découvre la marque incontestable des grandes maisons : des toilettes à la Turque ! Eh oui, ces toilettes collectives étaient toujours à la Turque. Le confort était total !
Pendant ce temps, les trois directeurs, les deux Francis et Christian devenaient peu à peu aussi blancs que les serviettes de table. Quelques instants plus tard, la porte de la cour s’ouvre sur qui lance à la cantonade avec son accent germanique inimitable : « C’est formidable, ça me rappelle les bombardements pendant la guerre ! » Elle était amusée, la soirée était sauvée. Et les trois directeurs retrouvaient petit à petit une couleur normale.
Mais, malgré tout, chaque fois que Marlene est revenue, il nous a toujours semblé qu’elle avait pris ses précautions avant !
Au début de l’année 1973 se préparait un phénomène. Un incroyable triomphe de la scène parisienne.
Et une nuit de Janvier, vers onze heures et demie, trois monstres sacrés du théâtre poussent la porte du Coupe-Chou. C’étaient Michel Serrault, Pierre Mondy et Jean Poiret. Ils étaient accompagnés du directeur du Palais-Royal d’alors, Jean-Michel Rouzière. Ils avaient leurs habitudes au Coupe-Chou, Poiret, Serrault et Mondy… mais ce soir-là, ils allaient rester jusqu’à 6 heures du matin !
Il faut dire qu’ils étaient en pleine répétition d’une pièce qui allait fêter les retrouvailles du célèbre duo. Cette pièce, c’était bien sûr : « La Cage aux Folles ». Un triomphe sans précédent, et d’ailleurs, sans successeur. « La Cage » sera jouée 5 années consécutives au Palais Royal, puis deux ans aux Variétés.
Mais n’anticipons pas. Pour l’heure, personne ne pouvait prédire le succès à venir. Personne, pas même le directeur du théâtre qui avait déjà prévu une pièce pour la saison suivante. D’ailleurs, tout n’était pas au point, il y avait encore des problèmes à régler… « La Cage » n’était pas prête.
Et les séances de travail se poursuivaient au Coupe-Chou.
« Dans une salle du fond pour être tranquille » réclame Poiret. Bien sûr, on les installe à la Bibliothèque. C’est studieux, une bibliothèque. Il fallait, d’ailleurs, retravailler le dernier acte de la pièce.
Et tout en mangeant, Poiret et Serrault improvisaient les répliques qui allaient faire hurler de rires mille personnes, tous les soirs pendant sept ans ! Et Serrault répétait son rôle au restaurant, il rentrait petit à petit dans le personnage de Zaza Napoli, il travaillait ses regards langoureux, ses battements de cils, et il faisait de l’œil au client de la table d’à côté… qui commençait à s’inquiéter pour de bon. Ce malheureux client finissait par chuchoter à Christian et Francis, les directeurs du restaurant :
« Il a changé de bord, Serrault ? »
« Non, il travaille. »
« Ah ? drôle de boulot ! »
Et le client replongeait le nez dans son assiette, tandis que Serrault continuait ses œillades. De son côté, Mondy était songeur, il discutait des costumes avec Jean-Michel Rouzière.
« Les robes de Serrault ne vont pas… la perruque non plus, d’ailleurs… Excuse-moi, Michel, mais tu es trop belle, on dirait Edwige Feuillère. Il faut tout refaire. »
« Tu veux que je ressemble à Yvette Horner, c’est ça ? » interroge Serrault, faussement indigné.
« Rassure-toi, tu n’es pas obligé de te mettre à l’accordéon ! »
Dans son coin, Rouzière ne mangeait pas de bon appétit. En bon directeur, il était en train de calculer ce que cette histoire de robe allait lui coûter. Il ne savait pas, bien sûr, combien ça allait lui rapporter. Ah, les affres de la création !… Et puis, il était tracassé, ce directeur.
« Mes enfants, dit-il, le titre ne va pas ! »
Poiret s’inquiète : « Qu’est-ce que vous reprochez à la « Cage aux Folles » ?
« C’est vulgaire ! et puis on va avoir les homos sur le dos, il faudrait quelque chose de plus drôle, et de plus élégant aussi. »« Et vous avez une idée ? »
L’œil de Rouzière s’allume. Visiblement, il n’attendait que cela. Avec un petit sourire de contentement, il finit par dire :
« Oui, il faudrait appeler ça : « Prout » !
Mondy, qui était en train de porter sa fourchette à sa bouche, s’arrête net. L’œil de Poiret s’arrondit, Serrault ne sait pas quoi dire… Bref, tout le monde est médusé.
Et Rouzière enchaîne : « C’est drôle, ça, Prout, non ? mais attention, avec un point d’exclamation ! »
« Avec un point d’exclamation ? »
« oui…
« alors, là, évidemment, avec un point d’exclamation, ça change tout ! »
« c’est amusant, non ?… non ?… enfin, c’est une idée, comme ça… »
« Et qu’est-ce que tu disais, Pierrot, à propos de la robe de Michel ?… » interrompt Poiret. Bref, l’idée de Rouzière n’a pas été retenue… Ce titre est désormais libre, avis aux auteurs !…
Et la séance de travail s’éternisa ce soir-là jusqu’à six heures du matin. Seuls dans le restaurant, ils ont peaufiné « la Cage aux Folles ». Christian Azzopardi et Francis Nani se sont couchés bien tôt ce matin-là, mais on ne bâtit pas des légendes toutes les nuits… Ni dans tous les restaurants.
Au milieu des années 60, le Coupe-Chou commençait déjà à avoir une renommée certaine, et Pierre Brasseur, Brigitte Bardot, Louis de Funès venaient souvent dîner sous les poutres du XVIème siècle.
Cependant, les trois directeurs n’étaient pas au bout de leur surprise. Un jour, le téléphone sonne, ce qui est toujours bon signe pour un restaurant. C’était l’ambassade du Danemark. Il faut trouver la meilleure table pour un hôte de marque : la princesse Margrethe, héritière du trône. Une table pour deux couverts, elle vient fêter ses fiançailles « en amoureux » avec Henri de Laborde de Monpezat, un français, futur prince Consort. Le couple s’est effectivement marié le 10 juin 1967.
Une princesse royale au Coupe-Chou, c’était vraiment la gloire, et la gloire, c’est comme la chance, ça se mérite ! Alors, les trois directeurs ont décidé de mettre les petits plats dans les grands. Et quand ils décident de mettre les petits plats dans les grands, ils ne lésinent pas sur les moyens.
Ils ont commencé par acheter des fleurs, des arbustes qu’ils ont disposés partout. Sur les tables, dans les couloirs, devant la façade du restaurant. C’était charmant, mais il fallait personnaliser cet accueil. Alors, ils ont décoré toutes les fenêtres de l’immeuble, du premier jusqu’au dernier étage… avec des drapeaux du Danemark. Le restaurant était couvert de drapeaux. Je ne sais pas si c’était discret, mais ça devait faire son effet !
Puis, il fallait bien couronner le tout. Impossible de faire les choses à moitié. Alors, pendant qu’on y était, les trois directeurs ont déroulé le tapis rouge. Mais quand je dis qu’ils l’ont déroulé, ils l’ont déroulé concrètement : un beau tapis rouge de l’entrée du Coupe-Chou jusqu’au bas de la rue. 15 mètres de tapis rouge. On n’invente pas une chose pareille.Si la princesse voulait dîner dans l’intimité, c’était réussi.
Le soir, une Rolls s’arrête devant le tapis et le couple descend. La princesse était, je crois, assez touchée par le geste un peu excessif des trois jeunes directeurs du restaurant. Elle a foulé majestueusement le tapis rouge, elle a souri en découvrant les drapeaux de son pays et elle est allée dîner avec son fiancé. Puis elle est repartie foulant une dernière fois le tapis rouge, un peu comme si tous les restaurants du monde déroulaient systématiquement des tapis rouges pour l’accueillir. C’est sans doute cela la majesté.
La soirée fut mémorable et elle eut un certain retentissement. Les journaux en parlaient, et mieux, Paris, lui-même, en parlait. Si bien que 15 jours plus tard, l’ambassade de Suède téléphone au Coupe-Chou. Une personnalité « importante » doit venir fêter son anniversaire. Nouveau branle-bas de combat. Le roi de Suède, Gustave VI, a entendu parler du dîner de Margrethe. On ne pouvait pas le décevoir. Alors, nouveaux bouquets, nouveaux arbustes, nouveaux drapeaux ! Et il fallait les trouver, ces drapeaux suédois ! Et on déroule de nouveau le tapis rouge.
Le soir, les trois jeunes directeurs se sont mis à guetter. Et s’arrête, devant le tapis, une Deux-Chevaux. Et descendent, deux dames à l’allure modeste et au tailleur gris. Elles découvrent le décor et se mettent à pleurer.
« Vraiment merci, mais c’est trop ! »
C’était la secrétaire de l’ambassadeur de Suède. Elle venait fêter son anniversaire avec sa sœur. Et elle a passé la soirée à remercier tout le monde en pleurant. Impossible, vous l’imaginez, de lui dire la vérité. Elle a passé une soirée magique, la secrétaire de l’ambassadeur de Suède. Et tous les ans, elle a envoyé ses vœux au Coupe-Chou, et il me semble que tous les ans, la carte de vœux pleurait à son tour au souvenir de cette soirée d’anniversaire.
Je ne sais pas si Margrethe du Danemark se souvient de notre restaurant, mais je suis sûre que la secrétaire de l’ambassadeur de Suède ne l’a pas oublié.
Pour écrire ces anecdotes, je demande à mon père de me raconter ses souvenirs sur les moments extraordinaires qui ont rythmé la vie du Coupe-Chou depuis 1962, l’année de l’ouverture. Année assez exceptionnelle, chantée par Claude François, année qui amorce tant de changements dans le monde, changements qui s’accéléreront avec 68, mais il fallait bien préparer 68 ! !
C’est drôle, d’ailleurs, de constater qu’il y a des années riches en évènements nouveaux, en naissances, en morts, et d’autres qui se contentent de suivre le mouvement. C’est en 1962 que mon père et ses deux associés, Francis Nani et Francis Lemonnier ouvrent le Coupe-Chou. C’est 1962 qui va décider du sort de toute leurs vies. Grande année pour l’histoire, pour l’art, la musique, et puis aussi dans notre vie personnelle. Quand le rythme des grands événements du Monde rejoint celui des vies individuelles… Et c’est justement en 1962 que les Beatles enregistrent leur premier disque : « Love me do ». Et c’est un truisme de dire que les quatre garçons dans le vent ont marqué un tournant dans l’univers musical. Qu’ils ont provoqué un raz-de-marée hystérique chez leurs fans. Que pour se déplacer après un concert, ils devaient inventer sans cesse de nouveaux scénarios. Tout ça, les mômes de ma génération, on le connaît par cœur. On était trop jeune pour comprendre l’émoi qu’a suscité l’assassinat de Lennon en 1980, mais, maintenant, on connaît notre catéchisme sur la folie des années 60 sur le bout des doigts, mieux que le catéchisme lui-même, d’ailleurs.
Alors, quand mon père me raconte qu’en 1965, Bruno Coquatrix lui téléphone pour le prévenir de l’arrivée des Beatles dans son restaurant, après leur concert à l’Olympia, mes yeux s’allument… forcément ! Les Beatles au Coupe-Chou ! En 65, en pleine Beatlesmania !
Alors, je lui demande : « Comment ils sont arrivés ? Comment ils se sont comportés ? Est-ce qu’il y avait des fans qui les attendaient à l’extérieur? » Bref, je le saoule de questions. Il fallait absolument écrire l’histoire de leur passage. Alors, il se met à me raconter. Cette année-là, cette soirée-là, les trois patrons du Coupe-Chou se mettent à guetter l’arrivée des Fab Four. Et en 1965, quand on s’appelle les Beatles, on ne peut faire qu’une entrée remarquée. Et, les trois directeurs voient s’approcher du restaurant un panier à salade. Pas une assiette de crudités. Non, un vrai panier à salade : un fourgon de police. Un fourgon qui pile juste devant eux. Christian Azzopardi se tourne vers ses associés : « qu’est-ce qui se passe ? j’espère qu’il n’y a pas de problème dans le quartier, les Beatles vont arriver ! » L’angoisse monte tandis que la portière arrière du fourgon s’ouvre. Et là, les trois patrons du Coupe-Chou voient descendre John Lennon, Paul McCartney, Ringo Starr et George Harrison. Ils ont semé la foule hystérique de l’Olympia dans une camionnette de police !
On les installe à une table, à l’étage.
« Et, ils ont mangé quoi, papa ? » (je continue à interroger mon père)
- Comment veux-tu que je m’en souvienne, c’était il y a quarante ans ! – me répond-il.
- Mais tu ne te souviens de rien de spécial, je ne sais pas, l’attitude des clients, est-ce qu’ils ont mis le souk ? ce sont les Beatles, quand même ! J’avais besoin de matériel pour raconter mon anecdote. Je n’allais pas simplement écrire, qu’un soir de 1965, vers onze heures, les Beatles ont dîné tranquillement au Coupe-Chou comme n’importe qui. J’avais besoin de quelque chose d’exceptionnel !
- Non, je ne vois pas… - reprend mon père. Ah, si, je me rappelle qu’ils ont réclamé du lait.
- Du lait ?
- Oui, du lait.
- Pourquoi du lait ?
- Pour accompagner leur repas.
- Ils ont bu du lait pendant leur repas ?
J’étais estomaqué ! Ça ne collait tellement pas aux personnages. Du lait, à cette heure-là, après un concert mythique ! c’était invraisemblable.
- Mais, reprend mon père, le problème, c’est qu’un restaurant n’a pas l’habitude de servir du lait. Il a fallu courir partout dans le quartier, à minuit, pour dénicher quelques litres… qu’ils ont bus… eh bien… comme du petit lait… et il a fallu recourir partout pour aller chercher des bouteilles supplémentaires !
- Génial !
Je tenais mon anecdote, les Beatles débarquant au Coupe-Chou dans un panier à salade, et qui arrose leur succès avec de bonnes bouteilles de lait introuvables ! Et déjà, j’imaginais la scène de mon père et de ses associés courrant les autres restaurants, réveillant les voisins, la famille :
« Excusez-moi de vous réveiller, mais j’aurais besoin d’un peu de lait, c’est pour les Beatles ! »
Et j’imaginais déjà la stupéfaction des interlocuteurs, à moitié endormis, en chemise de nuit, à qui on mendiait du lait pour John, Paul, Ringo et George ! Mon imagination se mettait à galoper de scènes cocasses en scènes burlesques. Et je demande à mon père.
- C’était un bon cru, au moins ?
- Attends.
- Quoi ?
- Je me demande si c’étaient pas les Rolling Stones.
- Pardon ?
- Le coup des bouteilles de lait, je crois que c’étaient les Rolling Stones.
- Tu te fous de moi ? les mauvais garçons du Rock qui boivent du lait, c’est encore plus invraisemblable que les Beatles !
- Oui, et c’était pas en 65, mais dans les années 70.
- C’est flou, dis-moi. Tu es sûr que c’étaient les Stones, pas les Beatles ?…
- Je ne sais plus, demande à Francis. (Nani, note de moi-même). De toute façon, ils sont tous venus.
Je voyais mon histoire devenir de plus en plus vague. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ? Une histoire sur les Stones ou sur les Beatles ? Ce sont deux groupes magiques, et c’est sans doute pour cela que mon père ne sait plus très bien qui a fait quoi… Mais il fallait être sûr, quand même, avant d’écrire !
- Et le panier à salade, c’était qui ?
- Les Stones ! Non, les Beatles… Je ne sais plus. Ils sont tous venus, je te dis. En tout cas, quand McCartney est revenu récemment, il a voulu dîner à la même table, au premier étage. Ça, j’en suis certain.
- Génial, dis-je d’un air blasé, avec ça, je peux faire du sensationnel ! Et puis, finalement, les Stones, les Beatles ou bien les Compagnons de la Chanson, ça n’a pas tellement d’importance. Ce qui compte, ce sont toutes ces années formidables, toutes ces années un peu folles, même si elles se mélangent dans nos têtes. Ce qui compte, c’est les années qui arrivent et qui seront peut-être encore plus formidables, encore plus folles. Alors, finalement, que ce soient les Stones ou les Beatles qui ont débarqué en panier à salade et qui ont bu du lait, ça n’a aucune importance.
Mais quand même, moi, j’aimerais bien savoir ! Mais peut-être que les intéressés, eux-mêmes, vont nous répondre… Qui sait ?