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Restaurant Le Coupe-Chou

Restaurant Le Coupe-Chou - 9 & 11, rue de Lanneau 75005 Paris


Bernard Haller au Coupe-Chou. Raconté par un journaliste...


Rédigé le Samedi 1 Août 2009 à 18:01 | Lu 20331 fois


Bernard Haller au Coupe-Chou. Raconté par un journaliste...
Humoriste, chansonnier, comédien, mime, acrobate du verbe, Bernard Haller s’en est allé à 76 ans. De Suisse, où il est né, à Paris, où il a triomphé, retour sur la carrière de ce «mélancomique» en trois rencontres qui laissent notre journaliste suspendu entre admiration, honte et fou rire. Attention, l’enregistreur tourne peut-être…

Par Yves Lassueur

Bernard Haller au Coupe-Chou. Raconté par un journaliste...
Séquence No 1
Paris, décembre 1982
A l’orée de ses 50 ans, l’artiste est à l’affiche de Bobino et fait salle comble avec son nouveau spectacle. Pour tous les Romands, il est l’artiste suisse qui a réussi ce prodige: mettre la France et Paris dans sa poche.

Journaliste à L’Hebdo, j’ai rendez-vous avec lui dans sa loge et l’interview démarre en fanfare: mon enregistreur refuse de fonctionner. Agacement. Tension. Impatience. «Passez-moi cet engin», s’énerve Bernard Haller, qui s’empare de l’appareil, lui balance trois baffes et presse sur tous les boutons. Miracle! L’appareil se met en marche, l’interview démarre et Bernard Haller se raconte.

Il a quitté Genève en 1958. Il avait 25 ans et rêvait de faire carrière à Paris. «Je ne me suis pas enfui de Suisse. Je suis parti parce qu’il n’y avait pas de perméabilité entre la Romandie et la France. Ou bien je restais chez moi, avec un potentiel d’un million de personnes, jouant Othello au théâtre municipal une semaine puis tombant au chômage en attendant autre chose. Ou bien je tentais un coup de poker et je montais à Paris. C’était un choix. A Paris, j’ai attendu treize ans. Treize ans pendant lesquels il ne s’est rien passé!»
– Tout de même! On vous voyait à la télévision et vous tourniez déjà…
– Oui, mais je n’éclatais pas. Je travaillais, sans plus. Une tournée avec le Cirque Spirou par-ci, une prestation en première partie d’Eddy Mitchell par là… A 35 ans, j’ai commencé à me dire: «Peut-être que tu t’es gouré de métier.»
Tu parles! Dès 1970, fini le temps des cabarets minables et des tournées à dix sous. Haller triomphe au Théâtre de la Michodière et devient l’un des tout grands de l’humour et de la fantaisie francophones. Entre clowneries à la Jerry Lewis et humour désespéré, l’incroyable bagou du Genevois le propulse au premier rang des chansonniers les plus doués.

Une cote qui lui vaut de sillonner la France en tous sens et de jouer dans plus de 70 films, pas toujours de premier plan il est vrai.

Pour lui, dès lors, la Suisse romande s’éloigne. Dans cette interview de 1981, il le dit sans détour: «J’ai complètement cessé de lire les journaux romands. Les seuls contacts que je garde avec la Suisse ont trait au théâtre. J’aime en parler avec Michel Soutter (ndlr: réalisateur décédé en 1991) et je ne manque pas d’aller trouver Philippe Mentha au Kléber-Méleau quand je séjourne à Lausanne. Ce qui se passe en Suisse ne me passionne pas du tout.»


Séquence No 2
Pully (VD), décembre 1988
L’artiste présente son tout nouveau spectacle au Théâtre de l’Octogone, et, comme des centaines d’autres fans, je suis dans la salle. Même abattage, mêmes délires, même génie du mime et du carambolage des mots, jusqu’au moment où survient l’horreur. Un sketch inédit intitulé Le journaliste. Haller met en scène un type qui l’interviewe et ce type est d’une nullité carabinée. Son enregistreur est naze. Ils s’y mettent à deux pour essayer de le réparer. Suit une interview grotesque, donc hilarante, où le journaliste affiche son ignorance totale du sujet et une désinvolture crasse qui l’amène à répondre au téléphone entre deux questions pour bavasser avec Pierre, Jacques et Jean.

La salle croule de rire. Moi, j’ai juste envie de disparaître sous un strapontin… Et dire qu’à Bobino je lui avais demandé: «Mais, monsieur Haller, où donc allez-vous chercher toutes ces idées de sketchs?»

Bernard Haller au Coupe-Chou. Raconté par un journaliste...
Séquence No 3
Paris, novembre 2008
L’artiste a 75 ans. Il ne se produit plus sur scène mais vient de publier en DVD une compilation retraçant cinquante ans de sa carrière. Avec le photographe Claude Gluntz, nous le retrouvons chez lui, sous les toits de Paris, pour une interview à paraître dans L’illustré.

Le petit homme a vieilli, les rides sont là, mais la verve, la drôlerie, le sens du gag et de l’autodérision sont plus aiguisés que jamais. Ils vont faire de ces trois heures d’entretien un moment lumineux, magique, désopilant.

Les jeunes ne connaissent plus guère son nom? «Et alors? C’est normal. On ne peut pas être et avoir été. Moi, j’ai fait mon temps.» Ce qui lui manque, dit-il, ce n’est pas la scène et ces tournées interminables qui lui faisaient parcourir jusqu’à 50 000 kilomètres par an à travers la France. «C’est le rire des gens. Quelle joie c’était d’entendre rire les gens!»

Du coup, il égrène les souvenirs de sa carrière, jamais pour se monter le bobéchon, au contraire, le bougre sait qu’on n’est jamais aussi drôle que quand on se moque de soi-même.

Il raconte comment il a joué dans Cartouche, le film dont Belmondo était la vedette, mais où lui, Bernard Haller, faisait juste la voix du perroquet qui grommelait: «Crooooo, croooooo, vive monseigneur!» Il imite Marlène Dietrich avec laquelle il a joué en Afrique du Sud, puis le chien Rantanplan auquel il a prêté sa voix dans un dessin animé de Lucky Luke…

En ce mois de novembre 2008, sa carrière derrière lui, Bernard Haller ne joue pas les artistes vieillissants qui jurent être attelés à mille et un projets parce qu’ils ne supportent pas l’idée de ne plus être ce qu’ils ont été. «Je vis ma vie de rentier», dit-il. Si on le sollicite pour jouer dans un film et que ça se passe à Paris, il accepte. S’il faut aller au diable vauvert et que le temps risque d’être frisquet, il refuse. «Je leur dis: Merci beaucoup, mais le Bernard, il ne fait plus ça!»

De chez lui, sous les toits de Paris, on est descendu dîner au Coupe-Chou, l’adorable restaurant qui se trouve de l’autre côté de la rue, et l’artiste a raconté le plaisir, l’immense plaisir que l’humoriste Nicolas Canteloup venait de lui faire quelques jours plus tôt en lui rendant hommage à l’Olympia. En fin de gala, Canteloup a lancé: «Si je suis là, c’est grâce à Bernard Haller, l’homme qui m’a donné envie de faire ce métier quand je l’ai découvert à l’âge de 12 ans.» «Sur quoi, raconte Haller, il me prie de le rejoindre sur scène. Canteloup pleurait. Moi, j’avais les larmes aux yeux. Et le public était debout, il hurlait. Je n’ai jamais vécu ça!»

On devait être au dessert quand je lui ai rappelé le coup de l’enregistreur qui ne marchait pas, dans sa loge de Bobino, en 1982, et du sketch féroce qu’il en avait tiré. Haller a froncé les yeux. «Oh là là, mon brave monsieur, mais je ne m’en souviens même pas. Vous savez, dans ce sketch, j’ai mis bout à bout tous les pataquès que m’ont infligés des générations de journalistes!»

Sur la porte du Coupe-Chou, on s’est quittés à regret, en amis, et on s’est promis de se revoir. On sait maintenant que ça ne se fera jamais.

En 1981, à Bobino, le fil rouge de son spectacle était une femme sur le point de le quitter, une femme qu’il faisait tout pour retenir. Tantôt maître d’école, tantôt potache, automobiliste fou, coiffeur coupant les illusions en quatre, il se démenait comme un diable pour qu’elle reste avec lui.

Cette femme n’était pas de chair et de sang. C’était une allégorie, celle de la Vie. Vingt-sept ans plus tard, elle vient de le quitter pour de bon. Bernard Haller est mort à Genève, vendredi dernier, emporté par une maladie pulmonaire.

«J''ai su tout de suite que c''était mon homme»
A 19 ans à peine, Anne Haller a rencontré celui qui est devenu son mari et le père de ses deux enfants.

Entre eux, ce fut une histoire d''amour qui a duré cinquante et un ans. Au seuil de la mort, le dernier mot de Bernard Haller a été pour sa femme, Anne. «Il m''a soufflé le mot amour en me regardant avec ses beaux yeux bleus», confie-t-elle au téléphone avec une voix posée. Elle se rappelle très bien leur première rencontre: «C''était en 1958, j''avais moins de 19 ans. Bernard jouait au flipper dans un café de la place Saint-Michel. Il était en compagnie de Barbara, qui chantait au cabaret de l''Ecluse.»

Entre elle et l''humoriste, ce fut le coup de foudre. «Tout me séduisait chez lui, avoue Anne. J''ai su tout de suite que c''était mon homme.» Il restera toujours pour elle le mari «tendre et généreux». «On n''avait jamais le temps de s''ennuyer! Avec lui, j''ai eu une vie belle et harmonieuse, très remplie, très variée, grâce aussi à toutes ses tournées.» Une multitude de souvenirs s''entrechoquent dans sa tête. «Impossible de vous évoquer une anecdote particulière», s''excuse-t-elle, sous le coup de l''émotion. Bernard avait beau se définir comme «mélancomique», il restera toujours un homme «drôle» pour Anne. «Vous savez, on parle souvent du clown triste. Bernard était tout le contraire, toujours positif. Il adorait la vie.»

Comment le définirait-elle en une phrase? «Un homme rare et exceptionnel.» Des mots tendres qu''elle répétera peut-être, aux côtés de leurs deux enfants, Sylvie et Marc, lors de l''enterrement prévu normalement pour le jeudi 30 avril, dans le petit cimetière de Chêne-Bougeries, comme l''a souhaité l''artiste, «car, tout jeune, il y connaissait le pasteur et son épouse, à qui il rendait régulièrement visite». Humble et fidèle au-delà de la mort. La sonate Au clair de lune, de Beethoven, l''un de ses plus grands sketchs, sera jouée lors de la cérémonie. Comme un utlime pied de nez à cette Faucheuse dont il avait si souvent ri. Q. L.


L''acteur Jean-Luc Bideau évoque sa dernière rencontre avec l''humoriste
«J''étais un peu jaloux de lui...»

L''acteur Jean-Luc Bideau admirait la force intérieure qui habitait Bernard Haller. Une volonté qui lui a permis de mener une riche carrière.

«J''étais un peu jaloux de lui. Il n''a peut-être pas eu la carrière d''acteur souhaitée, mais il avait une force en lui, une volonté qui lui a permis d''écrire des monologues et de réussir en solitaire. J''ai eu l''occasion de le voir en spectacle. Il avait un humour tranchant et acide. Mais, à la fin de sa vie, c''était difficile car la mode change vite dans ce milieu. On s''est rencontrés une dernière fois sur le tournage du film de Jean-Jacques Annaud (ndlr: Sa Majesté Minor, sorti en 2007). Sur le plateau, comme on s''emmerdait à mourir, on avait le temps de discuter de tout et de rien; on n''a jamais autant ri! Comme il y avait une bombonne d''oxygène près de lui, il plaisantait: «Ne la mettez pas au soleil, ça va exploser!» Il était transporté sur une chaise car, comme il le déplorait souvent: «Je n''ai plus de souffle...» On dit «pauvre Bernard Haller», mais c''est nous qui sommes pauvres de l''avoir perdu.» Q. L.

Source : http://www.illustre.ch/adieu_a_un_genie_de_lhumour_absurde_1769_.html



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